Îles malagasy : Entre communications et attentes

  • lundi, 03 juin 2019 13:07
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Durant sa visite officielle de 6 jours en France, le président malagasy Andry Rajoelina et celui de la France Emmanuel Macron, se sont convenus le 29 mai de relancer les discussions sur le statut des « îles Eparses », 5 ilots autour de Madagascar (Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India), administrés par la France depuis 1960 mais revendiqués par Madagascar depuis 1973.

Une résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU n°34/91 du 12 décembre 1979 et le n° 35/123 du 11 décembre 1980 « l’Assemblée générale des Nations Unies invite le gouvernement (français) à entamer sans plus tarder des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar ».

Malheureusement les résolutions de l’AG de l’ONU n’ont aucun effet coercitif, d’où durant 40 ans on est au point mort, car la France a fait la sourde oreille sur les réclamations malagasy !

Geste patriotique ?

Les deux finalistes de la dernière élection présidentielle ont mis de côté cette revendication, ni dans le Manifesto (candidat 25), ni dans les Velirano (candidat n°13). Mais voilà ce dernier a remis sur la table le sujet durant sa rencontre avec son homologue français. Dans un 1er abord on serait tenté de dire que c’est un geste patriotique de la part de notre jeune président, d’autant plus qu’il a utilisé le terme « Retour de l’indépendance » mais non « indépendance » tout court.

Le terme « retour » est une référence à la longue histoire, 1500 ans ou plus, de la présence de la nation malagasy sur la grande île et ses alentours. Car Madagascar est un vieux Etat-nation, ayant connu tout au plus 65 ans de Colonisation française.

D’autant plus que le président malagasy a encore enfoncé le clou en déclarant «il faut trouver une solution, aller de l’avant. Les choses qui n’ont pas été faites depuis 1896 devraient être rétablies ». Après 40 ans de malentendus entre malentendants sur ce différent, les 2 présidents de « la nouvelle génération », comme l’affirmait Andry Rajoelina, ont convenu de traiter la question, non par un recours juridique ou dans des instances internationales mais dans un cadre bilatéral, et ce par la mise en place d’une commission mixte, afin d’aboutir à une solution consensuelle d’ici juin 2020, date du 60e anniversaire du retour de l’indépendance de Madagascar.

« Le peuple malagasy porte encore en lui quelques séquelles de l’histoire. Nous devons retrouver notre fierté nationale mais il y a encore une réalité qui nous fait mal. Pour le peuple malagasy, l’appartenance des îles Eparses est une question d’identité nationale » déclara le Chef de l’Etat malagasy.
La réponse du président Macron est donc d’établir « un dialogue pour aboutir à une solution commune ».

Vers une cogestion ?

Durant une interview avec la station RFI, notre Ministre des Affaires Etrangères Naina Andriatsitohaina a déclaré : « puisqu’il faut être franc, Madagascar, aujourd’hui, n’a pas les moyens de sécuriser cette zone (les Îles Eparses). On a beaucoup d’autres priorités comme l’éducation, la santé… et même si la sécurité maritime est un élément important du programme du président, elle concerne d’abord la sécurisation des 5 000 kilomètres de côtes parce qu’on veut d’abord empêcher que nos côtes et nos ressources naturelles soient pillées ».

« Donc, effectivement, il y a besoin de travailler en commun - la France et Madagascar - pour que cette zone soit sécurisée avec le peu de moyens que nous avons, nous » a-t-il ajouté.

Donc va-t-on vers une cogestion telle que l’Hexagone le souhaite. Mais il aura certainement non respect de la résolution n° 34/91 du 12 décembre 1979 qui réaffirme « la nécessité de respecter scrupuleusement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un territoire colonial au moment de son accession à l’indépendance », sauf si la France reconnaît la souveraineté de Madagascar sur ces îles. Mais on est encore loin de cette situation car 3 ans de cela l’Ambassadrice de France à Madagascar a bien dit « ces îles appartiennent à la France » !!! Et depuis aucun démenti, alors cogestion et co…appartenance ? Alors notre souveraineté est encore territorialement limitée.

MAIS

La déclaration conjointe des 2 chefs d’Etat ne cache-t-elle pas autre chose qu’un geste patriotique et l’avènement d’une nouvelle génération d’homme d’Etat ? Donc il y a un MAIS !

Ces îles, déjà appellé "Iles Malgache dans l'océan Indien" sont présumées contenir des richesses incommensurables : nodules, hydrocarbures et bien d’autres, notre ministre a bien reconnu que nous n’avons pas les moyens de les protéger et certainement de les exploiter.

Probablement avec la libéralisation et la mondialisation actuelle des grandes compagnies ont fait miroiter des dividendes à nos responsables pour qu’ils remettent sur le tapis ce dossier. Les multinationales préfèrent payer moins à des pays comme Madagascar qu’être lourdement taxées par des Etats comme la France !!

Et si c’est le cas, que rapporterait aux Malagasy en général la restitution de ces terres, sauf à une minorité ? A moins que la fierté nationale n’a pas de prix, un nouvel adage est à créer : « aleo very vola toa izay very ambopom-pirenena » (mieux vaut perdre de l’argent que de fierté nationale).

Donc le fier Malagasy restera pauvre à jamais.

Pour le moment la question des îles malagasy (Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India) demeure dans l’attente de la mise en place de cette commission mixte et reste pour le moment du domaine de la communication. Attendre et voir.

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