Goût de la facilité: Vendre tout pour acheter n’importe quoi ?

  • mardi, 03 décembre 2019 10:30
  • Anonymous
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Neuf ans de cela (en 2011), un documentaire apparu sur la chaîne franco-allemande ARTE rapporta, sous l’intitulé « la Mafia du bois, enquête en forêt tropicale », le trafic lucratif de bois de rose et d’ébène entre Madagascar et la Chine. Cette enquête a été menée par l’Agence d’Investigation Environnementale ou EIA (Environnemental Investigation Agency) basée à Washington. C’est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) qui s’est engagée à rechercher et faire connaître ce qu’elle appelle « les crimes contre l’environnement ».

Celui qui mena l’investigation est connu pour son militantisme contre les « groupes criminels mobiles de bois illégal dans le monde entier ». Dans ce reportage il a été décrit l’abattage de bois précieux à l’intérieur même du Parc National de Masoala ! Ce n’est pas la 1ère fois que l’EIA diligente une investigation sur les ventes illégales de bois, et des victoires furent obtenues comme au Honduras, mais aussi à Madagascar.

Car depuis cette époque l’administration a envoyé des forces de l’ordre contrôler les allées et venues dans ce parc riche en biodiversité.

Mais on n’est pas là pour faire l’apologie d’Alexander von Bismarck qui diligenta l’enquête entre Madagascar, pays producteur de bois précieux, et la Chine où il est transformé pour la revente dans le monde. Il a été dit que le trafic illégal de bois est la 2nde entrée d’argent pour la mafia après celui des armes et stupéfiants car il rapporte plusieurs milliards d’Euros !

Mafia et argent facile

La mafia fonctionne sur un modèle d’économie parallèle ou souterraine. Elle cherche à contrôler les marchés et les activités où l’argent est abondant, circule en numéraire (argent liquide) et est facile à dissimuler au fisc. La plupart des activités commerciales usuelles sont utilisées, que ce soit comme paravent à des activités illégales ou comme moyen de blanchiment de l’argent récolté.

Enquêter et connaitre ses activités est une chose dangereuse à l’image du correspondant de l’EIA à Madagascar qui fut obligé de quitter le pays quelques mois après le reportage (en 2012), d’autant plus qu’il a témoigné là visage découvert ! Mais ce qui fut révélateur est la déclaration d’un opérateur chinois qu’ « ils (les Chinois) travaillent et initient les responsables dirigeants malagasy de l’époque au plus haut niveau ».

Beaucoup de nos opérateurs ont eu l'autorisation légale de la part de nos dirigeants durant la transition, avec obligation de payement de taxe forfaitaire, mais une fois coupés, les bois de rose ont été bloqués par l'administration elle même, seuls les conteneurs de certains opérateurs ont pu quitté le port.

Certainement, bon nombre des nôtres n’ont pas pu résister à l’appât de l’argent facile fourni par ce trafic qui dépouille nos forêts de ses arbres précieux et on fait entrer le pays dans ce cercle vicieux du trafic illégal initié par une …mafia.

Effectivement des millions de dollars ou d’euros échappent à la caisse de l’état (fisc et trésor public) mais vont remplir les poches particulières de quelques uns. Ces enrichissements rapides de quelques locaux illustrent bien nos goûts pour l’argent facile et les financements dits parallèles. Eh oui l’argent, il y en a mais pas dans le circuit officieux, il se transforme en 4X4 , belles villas, voyages,… alors que 95% des gens nagent en pleine misère.

Achat des apparences

Une des activités connues de la mafia est le voto di scambio (vote d’échange) : achat de consensus électoral contre les « faveurs » accordées à une partie de l’électorat ?!

On en est arrivé à Madagascar, pour le moment il est difficile de le prouver. Une chose ou plus exactement 2 choses sont sûres, le taux de participation qui est faible et la lenteur de la sortie des résultats.

Comme l’affirme un confrère : « Il y a vingt ans, quand le numérique et le biométrique pouvaient encore relever de la science-fiction, le Ministère de l’Intérieur, au sein de sa célèbre «Coupole», avait déjà réussi à publier les résultats complets des municipaux tananariviens la nuit même du scrutin ». Maintenant on est loin du compte, il n’y a rien d’étonnant que l’on se pose des questions pourquoi à l’heure de l’informatique, les résultats se sont fait attendre donc suspicions et rumeurs vont bon train sur fond de participation faible !

La démocratie n’est à Madagascar qu’un jeu d’apparences, on se dote de la CENI qui est du copier coller dans tous pays francophones, malheureusement elle n’a jamais donné satisfaction aux Malagasy qui ont fini par être dégoûtés d‘aller aux urnes !

Dans cette apparence, les dirigeants à tous les niveaux peuvent se targuer d’être « élus démocratiquement » même si seulement moins d‘1/4 des électeurs sont allés aux urnes, la légitimité on s’en moque on a distribué riz, tee-shirt,… durant les propagandes et tout le monde est content jusqu’à….Car à Madagascar ceux qui ont de l’argent croient qu’on peut tout acheter. Mais comme on sait, tout n’est qu’apparence.

On en est arrivé là par paresse avec cette mentalité qu’on ne peut pas se suffire par soi-même (tsy mahavita tena). En réalité nous évitons les difficultés en abandonnant tout aux étrangers, nos mines, nos hydrocarbures, …On a aucune attirance pour l’effort. Rien ne nous empêche d‘exploiter nos richesses artisanalement au départ, mais on a toujours besoin d‘une aide extérieur.

Rien de mal de se former, mais tous nos gouverneurs se sont rués vers la Chine pour avoir une formation en gestion, alors que nos universitaires sont des élites en la matière. Pourquoi confié à des pays étrangers nos data en communication, nos données biométriques pour les permis de conduire? A quoi serviront nos universités, à qui la majorité de nos budgets sont engloutis dans l'enseignement?

Les Malagasy oublient que la mendicité engendre le mépris, et qu’il est honteux d’entendre des Vahiny/Vazaha (étrangers) se vanter des dons qu’ils apportent pour les « pauvres malgaches » dans les émissions télés à l’extérieur. Si jadis la pauvreté a fait le terreau du communisme, de nos jours elle est fertile pour la mafia.

En se plaisant à jouer au pauvre, au lieu de faire des efforts par nous-mêmes, on continuera à vendre tout (notre Tanindrazana) pour acheter des futilités, et les Chinois et autres (Français, Américains, Russes,…) se frotterons toujours les mains.

Nous sommes encore dans l’immense majorité dans ce « désir d‘être colonisés », rien ne se fait sans Vazaha qu’ils soient libérateurs ou oppresseurs, c’est le prix de la facilité.

Anonymous

 

 

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