Leçon d‘histoire - Partie 1

  • jeudi, 05 décembre 2019 08:28
  • Anonymous
  • Photos Archives net

L’auteur de ces lignes est à 1 mois jour pour jour de ses 19 ans, quand l’armée de la République Démocratique du Vietnam du Nord (RDVN) et l’Armée du Front National de Libération (FNL) du Sud-Vietnam sont entrées à Saigon le 30 avril 1975. En 30 ans de guerre sans discontinuation « le petit peuple vietnamien a battu 2 puissances militaires occidentales: la France coloniale et surtout la superpuissance des Etats-Unis », ce que veulent bien dire toute la littérature gauchiste (socialo-communiste) durant les années 70.

Certains y voient la victoire de la justice sociale sur l’injustice incarnée par le Colonialisme et le Capitalisme, ce dernier est présenté comme le « stade suprême » (tanjona fara-tampony) du premier !

Pour mieux connaître et appréhender les choses, il faut comprendre les mécanismes, les codes les plus cachés afin d’éviter toutes erreurs d’appréciations les plus grossières.

3 héros aux trajectoires jusqu’au boutiste

Le Vietnam ne sera pas ce Vietnam moderne, un nouveau dragon disputant la 2nde et la 3ème place des pays producteurs d’Asie sans ses 3 héros de l’indépendance et la réunification, 2 mandarins (hauts fonctionnaires dans la tradition sino-vietnamienne) et un professeur d’histoire : Nguyen Sinh Cung, Pham Van Dong et Vo Nguyen Giap.

Nguyen Shinh Cung, connu plus tard sous le pseudonyme Nguyen Ai Quoc (le patriote) et surtout Ho Chi Minh (l’éclairé), est un mandarin, né vers 1890, qui après des démêlées avec l’administration coloniale française a décidé de quitter son pays natal à l’âge de 20 ans en s’engageant comme matelot au long cours et a pu visiter plusieurs pays, il s’est engagé comme cuisinier, jardinier, … et a séjourné surtout en France.

De cette façon qu’il a fréquenté les syndicats qui étaient affiliés à la Section Française de l’International Ouvrier (SFIO) où il a côtoyé des personnalités politiques françaises (de gauche), mais aussi originaires des colonies dont…Jean Ralaimongo surtout après la 1ère guerre mondiale en 1919. En 1920, les 2 ont participé au Congrès de Tours (décembre 1920) pour la fondation du Parti Communiste Français (PCF) ou la 3ème Internationale, une scission au sein de la SFIO.

En 1922, il était membre de l’Union Intercoloniale (branche du PCF) et écrivit au sein du journal le Paria, et en mai 1923, il alla à Moscou où il suivit une formation afin de créer des mouvements révolutionnaires en Indochine.

Sous le guidage de Mao Tsé Toung, il fonda le Parti Communiste Indochinois (PCI) l’année 1930 après de multiples péripéties qui l’ont fait voyager entre Hong Kong, Chine et URSS (Russie communiste).

Pham Van Dong, né en 1906, est un fils de mandarin, mais a fait toutes ses études dans des écoles françaises à Hanoï, et milita contre l’administration coloniale dès les années 1920, ensuite il s’envola vers la Chine où il étudie à l’Académie militaire de Whampoa, dirigé à l’époque par Chang Kai Tchek, et devient un proche collaborateur d’Ho Chi Minh en Chine (Canton/Guangdzou) et rentra au Vietnam en 1925 et connut plusieurs années d’emprisonnement par l’administration coloniale.

Vo Nguyen Giap né en 1911, malgré sa scolarité au Lycée français Albert-Sarraut d’Hanoï, il manifesta très jeune contre l’occupation française dès 1925. Ce qui ne l’empêcha point de devenir professeur d‘histoire dans une école privée…francophone ! Membre du parti communiste indochinois en 1937, il fuit en Chine après avoir été emprisonné pour ses idées anticoloniales entre 1932-1934 durant laquelle sa femme a été exécutée.

Communisme, fer de lance du patriotisme vietnamien

Les 3 ont comme point commun leur adhésion au communisme, nul ne saurait le fond de leur cœur si c’est par conviction ou par calcul qu’ils seront des communistes ou pour atteindre leur principal objectif : l’indépendance totale de leur pays. De toute façon le communisme sera le fer de lance de ce combat, car sans cette adhésion leur lutte fut vaine, mais aussi sans la Chine.

Chine terre d’asile et alliée

C’est en Chine que démarra le combat pour la libération du Vietnam, et ce dans la 2nde moitié des années 1920, et elle servit de bases arrières aux rebelles vietnamiens. Profitant de la défaite française en Indochine face aux Japonais en 1942, Ho Chi Minh et ses 2 adjoints, constituèrent la Ligue pour l’Indépendance du Vietnam ou Viet Minh, dont le noyau est le PCI, en s’alliant avec des patriotes/nationalistes non communistes et combattirent à la fois les occupants japonais et les colonisateurs français.

Malgré l’appui américain à travers l’ancêtre de la CIA, l’Office of Secret Service (OSS) en 1944 et l’action japonaise, à la veille de sa défaite, en mars 1945 durant laquelle le Japon balaye la présence française d’Indochine au cours d’une véritable Saint-Barthélemy (massacre de l’administration française et destruction de l’armée), c’est l’appui chinois qui jouera un rôle décisif pour la victoire du Viet Minh (1945-1954).

L’assistance chinoise débuta en 1949 quand Mao Tsé Toung gagna définitivement le pouvoir sur le territoire de la Chine continentale. Les approvisionnements en armes devinrent réguliers et efficaces. La victoire de Dien Bien Phu n’aura pas eu lieu sans l’aide militaire chinoise, malgré les talents stratégiques du général Vo Nguyen Giap, ce qui conduisit aux accords d’Evian en 1954 et la partition entre RDVN au nord du 17ème parallèle et République du Sud-Vietnam.

Mais le non respect des accords d’Evian par les 2 camps nord et sud entraîna le 2nd conflit ou « guerre du Vietnam » mené par la RDVN pour la réunification et ce en 1960. Et là encore sans l’aide de la Chine, le Vietnam n’aura pas tenu face aux bombardements aériens massifs américains (Rolling thunder, Linebacker, Ranch hand,…).

Le porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères de la République Populaire de Chine confirma en 1996 que, sur demande du gouvernement nord-vietnamien, la Chine avait envoyé entre août 1965 et août 1973 environ 320 000 soldats de l'Armée populaire de libération pour aider la RDVN dans les tâches de défense aérienne, de génie militaire et de logistique.

Il confirma également que plus de 1 400 soldats chinois avaient été tués et 4 200 grièvement blessés. Les premières unités chinoises présentes sur le sol vietnamien étaient composées de deux divisions d’artillerie anti-aérienne et d'un régiment indépendant, les rotations des troupes s'ensuivirent et elles étaient assignées à la défense des secteurs stratégiques.

La marine chinoise était également présente : les dragueurs de mines nettoyèrent une surface de 201 km². Sans oublier la Corée du Nord qui a soutenu le Nord-Vietnam communiste en envoyant des soldats de l’armée de l’air en renfort, et reste un aspect peu connu de l’histoire vietnamo-coréenne.

Sans les militaires chinois et nord-coréens, les pilotes de l’armée de l’air et de l’aéronavale américaines n’auront pas respecté la défense aérienne du Nord Vietnam en reconnaissant les talents au combat des aviateurs « vietnamiens » qui sont dans leur majorité des Chinois et Nord-Coréens ! En outre, la Chine fournit 20 milliards USD d'aide militaire et financière au gouvernement de la RDVN.

Impitoyables vis-à-vis de ses adversaires internes

Contrairement à certaines idées reçues, le Viet Minh, devenu aujourd’hui le Parti Communiste Vietnamien (PCV), n’a jamais été tendre vis-à-vis de ses adversaires internes. Il n’a pas été le seul parti nationaliste/patriote en Indochine, il y a eu entre autres le Parti Nationaliste du Daï Viet, mais un des plus important est le Parti Nationaliste Vietnamien ou VNQDĐ (Vietnam Quoc Dan Dang).

Ce parti dont les origines remontent dans les années 1914, contemporain du VVS malagasy, occupa la scène politique anticoloniale en Indochine française dans les années 20, il a reçu le soutien des nationalistes chinois du Kuomintang dont il devient une branche indochinoise, mais elle est éclipsée par le Viet Minh soutenu comme on vient de le dire par les Bolcheviks russes et communistes chinois qui l’élimina définitivement au début de la guerre d’Indochine.

Le VNQDD participera à la formation du Sud-Vietnam, mais en fut rapidement écarté et disparut de l’espace politique vietnamien avec la chute de Saïgon. Il ne faut pas aussi oublier le massacre de paysans vietnamiens dans le Tonkin qui étaient réticents à ce qu’ils donnent leurs enfants à l’armée populaire.

En raisonnant par analogie entre combats patriotiques vietnamien et malagasy, on peut donc aisément comprendre les raisons de la victoire du Vietnam :axe Moscou-Beijin- Hanoï, aide de la Chine qui possède 1281 km de frontière commune avec le Vietnam, surfer sur la vague communiste à une époque où celle-ci est en pleine expansion, et profiter de la technologie en armement soviétique, mais surtout des leaders déterminés à utiliser tous les moyens pour arriver à leurs fins.

Quand nous avons visité ce pays 20 ans après la fin de la guerre, il ne reste que peu de traces des 30 ans de conflits, et Saigon devenu Ho Chi Minh ville ressemble de plus en plus à une mégapole américaine (Miami !!!). Alors que le patriotisme malagasy né à la même époque que celui des Viets pour le moment est loin du compte.

(A suivre)

Anonymous

 

 

Galerie d'images (Cliquer sur la photo)
Laissez un commentaire
Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.