Filière savon: Va-t-on vers un corporatisme syndical ?

  • vendredi, 06 décembre 2019 18:39
  • Anonymous
  • Photo Gasypatriote

Une dispute, qui mérite-t-elle vraiment d’avoir lieu, existe entre les fabricants de savon ?! Plus particulièrement entre certains savonniers qui ont opérés depuis fort longtemps avec la méthode traditionnelle, en utilisant des graisses animales des bœufs et moutons, et des savonniers qui ont vu leur procèss de fabrication dans la technologie moderne, à propos de l’utilisation par cette dernière des bondillons pour sa fabrication de savon.

Bondillons ? C’est un intrant utilisé comme base des savons industriels. Donc il faut savoir que presque tous les savons disponibles sur le marché, bio ou pas, « artisanaux » ou totalement industriels, sont fabriqués à partir de bondillon. Ce dernier s’obtient avec la méthode industrielle à chaud pour la fabrication de savon et ensuite le produit obtenu est séché et réduit en copeaux, le bondillon. Ceux-ci (bondillons) peuvent être colorés, parfumés …de manière mécanisée et à grande échelle.

Donc la Douane les considère comme des produits semi-finis devant être taxés à 10% mais non à 5% comme les matières premières ou à 20% comme les produits finis.

Ainsi le bondillon fait partie des intrants de fabrication du savon que l’on utilise puisqu’il doit être encore mélangé à d’autres produits et passé par une chaîne de transformation avant de finir sur les étals.

Mais voilà le Syndicat des Industries de Madagascar (SIM) demande que le bondillon soit taxé à 20% et sera considéré comme un produit fini, d’où le débat : les savonniers bandilloneurs font-ils juste de la revente de produit en stade final ou font-ils de l’industrie de transformation ?

Que dit la loi 2017-047 sur ce qu’elle cadre comme étant une industrie: « toute activité économique tournée vers la production en continu, en série ou par lots de biens de production par la transformation des matières premières ou des ressources naturelles ayant ou non déjà subi une ou plusieurs modifications, occupant une place prépondérante pour obtenir des biens semi-finis ou finis destinés à la vente sur les marchés nationaux, régionaux ou internationaux».

Donc il et claire dans cette loi que les savonniers qui utilisent le bondillon entre bien dans le cadre d’entreprise industrielle mais point dans celui de la revente. Par ailleurs depuis 2013 le bondillon est passé du statut de matières premières taxées à 5% à celui de produits semi-finis à 10%, et voilà que certains demandent qu’on lui applique la taxe à 20% comme des produits déjà manufacturés !

Mais derrière tout ce remue-ménage les savonniers locaux classiques fabriquent encore leur produit, soit par les méthodes de saponification à froid ou à chaud, la 1ère est artisanale et la 2nde est industrielle donc la méthode de production des bondilloneurs est considérée comme une menace pour eux, car elle fabrique plus rapidement et en grande quantité.

Il est sûr que nos petites entreprises de savonnerie sont loin d’atteindre la production des sociétés qui emploient plus de 2000 employés permanents mais aussi des saisonniers, et ce depuis 20 ans. Sans oublier que la saponification dure plus longtemps que l’utilisation de bondillon !

Le SIM est en droit de défendre certains de ses membres, d’autant plus qu’ils cotisent, et un syndicat sert à cela, mais bon nombre d‘industries à Madagascar n’importent-elles pas des intrants et autres matières premières : granulés de plastique pour faire des bouteilles, poudre pour faire du jus,… ? Alors pourquoi ne pas demander leur taxation comme pour les copeaux de savon ?

Le SIM devrait se pencher sur le développement socio-économique national à travers l’industrialisation du pays. Et il devrait reconnaître que les savonneries qui utilisent les bondillons comme matières premières sont des industries à part entière suivant la classification internationale des activités économiques et confirmés par la loi sur le développement industriel à Madagascar. Ces entreprises ont leur cahier de charge environnementale et paye la licence comme toutes industrielles.

Les savonniers bondilloneurs investissent dans des machines industrielles (plusieurs centaines de millions d’Ariary), embauchent du personnel qualifié à plein temps (ingénieurs, techniciens …). Ils importent des bondillons, un intrant qui doit subir plusieurs phases de process industriel afin de produire du savon fini. Ces bondillons importés sont taxés à 10%.

Les savonniers saponificateurs investissent, il est vrai, sur une chaîne de production plus complète et ils importent des corps gras et de la soude caustique, des matières premières moins élaborées que les bondillons. Ces corps gras et cette soude sont taxés à 5%.

En statuant sur cette différentiation équilibrée et progressive des droits de douanes 5% /10%/ 20%, le législateur fait preuve de bon sens et d’équité. Il serait injuste de mettre les bondillons et le savon importé sur le même plan. Le savon est un produit finit qui ne subit aucune transformation industrielle alors que le bondillons, en l’état, ne peut être destiné à la consommation directe.

Le fait d'augmenter la taxe sur les intrants à 20% c'est anéantir tout un secteur de plusieurs industries de transformation de bondillons comme
- Antananarivo: SIPROMAD, SEIM, SOFIMEX, MSF
- Mahajanga : SEIM, MANJA, MAZAVA, SHIV
- Antsirabe : SAHVA
- Tolagnaro : SAHVA
- Toamasina : SAHVA

Il est temps que nos industriels, quelle que soit la taille de leurs entreprises, pensent à la fois à leur propre intérêt car c’est leur but, mais il faut aussi qu’il pense à l’intérêt général en fournissant des produits de qualité, et le SIM doit jongler là-dessus car certaines de nos productions locales laissent à désirer.

Il ne faut pas aussi oublier que dans le cadre de la COMESA et la SADC, le fait que bon nombre de leurs produits pénètrent notre marché sans taxe et constituent une menace pour nos entreprises locales à cause de leur prix assez modérés et c’est là que le SIM doit intervenir pour défendre les industries malagasy.

Et les victimes ce sont toujours les consommateurs, et l'économie du pays, car en augmentant de 20% la taxe sur les savons, c'est attaqué directement à la santé publique, car le savon est la base de la propreté, et sans propreté, c'est la maladie et l'épidémie assurée.

Anonymous

(Photo bondillons, intrant pour fabriquer des savons de bonne qualité)

 

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