Îles Malagasy: Entre concertation et cafouillage diplomatique

  • dimanche, 08 décembre 2019 18:42
  • Zakaria
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Ce lundi 9 décembre et ce durant 3 jours (9-10-11) se tiendra au Centre de conférences international à Ivato (CCI) une « Concertation nationale ». Ces 3 jours de concertation nationale auront pour objectif de « favoriser l’appropriation nationale, mobiliser l’opinion publique autour de l’enjeu de souveraineté malagasy sur ces îles et de compléter les bases de données existantes sur ces îles malagasy de l’océan Indien ». Ainsi les contours de la dite concertation ont été définis par un récent conseil du gouvernement (3 décembre).

Collecte d’informations et concertation

A titre de rappel, une campagne de consultation et de sensibilisation des citoyens sur ces îles pour recueillir le maximum de data (informations) a été lancée, et ce jusqu’au 5 décembre dernier. Le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation organisa au niveau régional avec les districts et les communes, des consultations auprès de chaque juridiction territoriale afin d’élargir au maximum les informations auprès des citoyens de toutes les localités de Madagascar et 2 représentants par région seront par la suite sélectionnés pour assister à la concertation nationale. A cause de leur proximité géographique avec les îles Malagasy, les régions de Diana, Boeny, Melaky, Menabe et Atsimo Andrefana auront chacune 3 représentants.

Enfin ces collectes seront centralisées, analysées et validées par un Comité scientifique au sein du Ministère des Affaires Etrangères dont le titulaire est actuellement le premier ministre Ntsay Christian. Avec les 50 participants au niveau des régions et en incluant les différentes entités, on s’attend à plus d’une 100aine de personnes. Car tous les citoyens ayant participé aux consultations seront ainsi invités au CCI Ivato.

Les conclusions et recommandations issues de la concertation nationale seront rassemblées dans un document de synthèse à présenter au Président de la République à la fin de la réunion.

Mais voilà que le 3 décembre dernier, le président de la République française a encore clarifié sa position concernant les Îles Eparses après sa déclaration aux îles Glorieuses fin Octobre à travers un message déposé sur son compte twitter : « Comment exploiter durablement les ressources océaniques sans compromettre l’équilibre de ces écosystèmes ? Une station de recherche sera installée sur les îles Eparses dès l’année prochaine comme je m’y étais engagé et un programme prioritaire de recherches océans et climat crée » et La France sera à l'avant-garde dans les instances internationales pour la défense et la protection des océans. L’occasion du prochain Congrès mondial de la nature en juin 2020 devra ainsi être l’occasion pleinement saisi par les États pour promouvoir l’océan comme bien commun ». Sans le litige soulevé sur la souveraineté sur ces îles on peut dire que ce message est rempli de bonnes intentions.

Pour la France ces îles lui appartiennent

En interprétant cette déclaration, il n’y a pas l’ombre d’un doute que ces îles appartiennent à la France. Car la décision unilatérale de mettre en place une station de recherche au nom de la protection de l’environnement océanique sur l’une de ces îles dès 2020 montre bien que l’Hexagone n’a aucune intention de renoncer à sa souveraineté.

Est-ce un acte de défi vis-à-vis de l’administration malagasy actuelle ? Pour la porte-parole du gouvernement malagasy, « il faut d’abord une reconnaissance de la souveraineté des îles, c’est-à-dire la restitution, avant de parler de coopération » qui ajouta : «Bien que les résolutions des Nations Unies... aient défini que les îles éparses appartiennent à Madagascar, cela n’empêche que le dialogue soit entamé sur le plan diplomatique». Malgré tout pour elle, ce tweet du président français devrait susciter un sursaut d'orgueil pour revendiquer la restitution de ces îles.

Provocation et défi

On peut dire que ce message tombe à point nommé. C’est une provocation, voire un défi pour l’administration Rajoelina, car il est apparu au moment où on organise la concertation nationale dont le but a été cité ci-dessus !

Il est vrai que la 1ère rencontre de la commission mixte franco-malagasy de novembre dernier n’a rien donné sauf un prochain rendez-vous à Paris dont la date n’a pas encore été fixée. Alors pour étoffer son dossier la partie malagasy organise cette « concertation nationale ».

Rappelons que cette histoire des îles malagasy a été un long litige entre la France et Madagascar… La France les avait déclarées siennes en 1892 puis en 1897. Cette décision a été confirmée par un décret en ce sens du Président français (de Gaulle) en 1960, 3 mois avant la proclamation du retour de l’indépendance de Madagascar. Ensuite une loi française de 2007 les a inclus dans la liste des terres australes et antarctiques françaises.

Dans les années 1970, Madagascar a saisi l’ONU d’une demande de lui transmettre ces îles. L’ONU l’a reconnue comme juste dans la résolution 34/91 de la 34ème session de l’Assemblée générale du 12 décembre 1979 en appelant « la France à lancer immédiatement des négociations avec Madagascar afin de lui restituer les îles éparses illégalement aliénées ».

Mais durant ces 40 ans Paris fait la sourde oreille en ignorant les exigences d’Antananarivo et de l’ONU. De son côté le gouvernement malagasy se fixe comme objectif : "le 26 juin 2020 pour le retour de la souveraineté de Madagascar sur ces îles", c’est-à-dire la 60ème anniversaire du retour de l’indépendance avec comme invité de marque ….Emmanuel Macron !

Comme ses prédécesseurs, l’actuel locataire de l’Elysée campe sur leur position, et en lisant à travers les lignes « promouvoir l’océan comme bien commun » veut dire qu’ils (les Français) s’acheminent vers une cogestion, cela signifie que la souveraineté leur appartient mais elle veut bien partager avec les Malagasy quelques subsides, c’est-à-dire payer leur présence sur des territoires qui nous reviennent de droit !

Le reste n’est que phraséologie diplomatique, selon un politicien et homme d‘affaires : « si le président français effectue une telle déclaration, et considère les réclamations des Malgasy comme nulles et non-avenues, il se pourrait qu’il y ait des négociations préalables sur cette question entre les dirigeants des 2 pays. Le reste ne serait-il que de belles paroles pour amadouer le peuple et nous faire accepter la situation » ?

Les discussions sur les îles Malagasy demeurent encore à ses débuts, c’est un test, non seulement pour l’administration actuelle, mais aussi pour nos leaders d‘opinions qui se prétendent être des patriotes/nationalistes qui sont plus que prolifiques sur les réseaux sociaux, mais souvent nous oublions que les belles promesses et talents de communication sont rien sans autres moyens de pression et là nous sommes loin du compte et ce en 40 ans de revendications.

Tous les Malagasy surement veulent se ranger du côté des dirigeants pour se battre pour la souveraineté de ces îles, mais tous ont besoin d'une assurance qu'effectivement, les dirigeants actuel sont sincères et veulent vraiment cette souveraineté, et non pas jouer le cinéma, alors que tout est déjà accordé à la France.

Actuellement, on est toujours au stade de concertation et de cafouillage diplomatique malgré que la question juridique soit close depuis longtemps.

Anonymous

 

 

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