Leçon d’histoire - Partie 2

  • mercredi, 11 décembre 2019 10:51
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La Révolution Nationale Indonésienne ou Revolusi a été le nom donné à la lutte armée pour l’accès à l’indépendance de l’Indonésie. Elle a été moins connue que sa contemporaine indochinoise (Vietnam), car elle a duré moins de temps 4 ans (1945-1949) que celle du Vietnam 30ans (1945-1975), en plus elle a abouti à l’administration par l’Armée indonésienne de l’archipel pendant 33ans (1965-1998).

Profiter d‘une situation historique inattendue

Cette situation inattendue, ou plus exactement la nation non attendue sur la scène internationale a été l’Empire du Japon. Après son industrialisation durant l’ère Meiji (1868-1912) les Japonais ne voulurent point jouer le rôle de figurant sur le continent asiatique où seul eux et le Siam (Thaïlande) sont les seuls Etats indépendants, alors que l’Inde vit sous le Raj britannique (colonisation) et la Chine en pleine guerre civile entre Communiste et Nationalistes, sans oublier les « seigneurs de la guerre ».

Ce qui poussa les intellectuels et militaires japonais à concevoir le Dai-to-a Kyoeiken ou la sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale (entre 1937-1940), c’est-à-dire créer « un bloc auto-suffisant de pays asiatiques dirigés par le Japon et ne dépendant pas des pays occidentaux ».

En réalité la mise en œuvre de cette politique japonaise ne débuta qu’après la défaite américaine à Pearl Harbor (7 décembre 1941) et qui a été suivie par la conquête des pays asiatiques. Le seul État pleinement souverain allié à l'Empire du Japon était le Royaume de Thaïlande qui servit de plateforme pour le contrôle des pays de l’Asie du sud-est : Birmanie, Malaisie, Indonésie et Indochine française.

Pour la Birmanie, les Philippines, le Vietnam, le Cambodge et ainsi que la Chine, le Japon a installé des gouvernements qui lui sont acquis. En Inde l’empire soutient le grand rival du Mahatma Gandhi, le charismatique Netali (« maître » en Bengali) Subhas Chandra Bose, reconnu plus tard comme un héros de l’indépendance indienne. En fait le Japon a « libéré » ces Etats asiatiques pour devenir ses livreurs en matières premières.

L’Indonésie, avec ses richesses en hydrocarbures, a été occupée et administrée directement par les Japonais dès 1942. Afin de s’opposer au retour des Occidentaux, à partir de l’Australie sur l’Archipel malais (Indonésie), les Japonais mirent en place la Tentara Sukarela Pembela Tanah Air ou Pembela Tanah Air/PETA, ou Armée des volontaires défenseurs de la patrie en 1943, ce qui déclencha le réveil patriotique des Indonésiens qui ne voulurent plus le retour des colonisateurs hollandais.

Une autre force auxiliaire de l’armée japonaise a été aussi mise en place à l’époque le Heiho (groupe de soutien). PETA et Heiho serviront de base à la constitution de l’armée indonésienne à la proclamation de l’indépendance le 17 août 1945. Les futurs officiers de cette armée sont issus des rangs de ces formations : Sudirman, Nasution , Suharto,…

Les nationalismes indonésiens

Le nationalisme indonésien et les mouvements en faveur de l'indépendance se développèrent rapidement au cours de la 1ère partie du 20ème siècle. En 1908 apparut le Budi Utomo, la « sagesse suprême », fondé par un médecin Dr. Wahidin Soedirohoesodo, aidé par un autre médecin Dr. Tjipto Mangunkusumo.

Une autre organisation Sarekat Islam a été fondée par des commerçants de batik en 1911 afin de défendre leurs métiers face aux Chinois, mais aussi des autres Indonésiens face au pouvoir colonial, son leader le plus connu est Hadji Oemar Said Tjokroaminoto qui eut trois disciples qui deviendront plus tard fameux à leur tour : Soekarno, une des grandes figures du nationalisme indonésien, Semaun, futur dirigeant du Parti communiste indonésien et Kartosuwiryo, qui déclencha en 1948 un mouvement séparatiste luttant pour la création d'un État indonésien musulman fondé sur la sharia, le Darul Islam (Terre d’Islam ou République Islamique).

Le parti communiste indonésien ou Partij Komoenis Indonesia (PKI) a été fondé en 1914 par un socialiste hollandais Henke Sneevliet ayant vécu à Jakarata, et en prenant exemple sur la révolution bolchevik russe, il organisa une révolte des soldats et marins (les soviets) à l’identique de celle de Sébastopol à la base navale de Surabaya qui a été réprimée par les autorités coloniales hollandaises, et les meneurs ont été condamnés à 40 ans de prison !

Et Henke Sneevliet, ramené de force en Hollande, et le PKI fut dès lors dominé par les Indonésiens avec comme principaux dirigeants Semaun et Tan Melaka. Le parti a été le 3ème parti communiste au monde, après celui de la Chine, de la Russie dès 1926, il se lança dans une action de guérilla en proclamant une république contre le gouvernement colonial.

Le parti national indonésien ou Partai Nasional Indonesia (PNI) a été fondé en 1927 par le 2nd membre du Budi Utomo le Dr Tjipto Mangunkusumo qui recruta surtout dans la petite noblesse javanaise s’associant avec le PKI durant les différents mouvements de rébellion, les membres du PNI connurent l’exil et emprisonnement.

Mais son dirigeant le plus actif est un Sumatranais, Mohammad Hatta qui a fait ses études en Hollande dans les années 1920 et c’est durant son séjour qu’il entra en contact avec différents milieux anticolonialistes de divers pays : Nehru (Inde), Léopold Sédar Senghor,…Il milita pour faire connaître le nom Indonésie au lieu de « Indes Orientales néerlandaises ».

Avec Soekarno il fit adopter le fanion ancestral des souverains malais le « rouge et blanc » comme drapeau national de l’Indonésie, ainsi que le Malais (Bahasa melayu), sur l’archipel, sera dorénavant nommé le Bahasa indonesia (Indonésien) langue officielle de la nation indonésienne. Et enfin l’hymne de rassemblement du PNI « Indonesia Raya « (la grande Indonésie) comme hymne national. Comme les autres leaders nationalistes Mohammad Hatta connut les prisons hollandaises au moins 11 années.

Un lobbying international actif

Quand le Japon fut défait le 17 août 1945, Soekarno et Hatta proclama unilatéralement l’indépendance de la République d’Indonésie. Les alliés occidentaux tentèrent de rétablir l’autorité des Pays-Bas (Hollande) sur l’ensemble de l’archipel, mais les 1ère troupes britanniques envoyées à Java rencontrèrent une résistance farouche de la part des membres du PETA et Heiho regroupés dans la nouvelle armée indonésienne Tentara Nasional Indonesia (« armée nationale indonésienne ») ou TNI formée à la suite de la déclaration d’indépendance.

De ce fait, les Britanniques prirent acte de l’existence d‘une République indonésienne et de son armée et ne bougeront plus jusqu’à leur départ en 1946. Remplacés par les Hollandais, qui voulurent récupérer leur colonie, une guerre d’indépendance eut lieu comme en Indochine, les Hollandais contrôlèrent les villes, mais ne purent asseoir leur domination dans les villages.

Pendant ce temps, grâce à leurs relations extérieures comme celle de Mohammad Hatta avec l’Inde fraîchement indépendant (15 août 1947) et surtout, le moins connu, les Philippines (4 juillet 1946), l’Indonésie jouit d’un soutien international incroyable. Les Etats-Unis menaça même les Pays-Bas (Hollande) de lui retirer l’aide Marshall pour sa reconstruction après la 2nde guerre mondiale si elle persiste à coloniser l’Indonésie, ce soutien américain a été obtenu grâce aux Philippines (ex-colonie américaine) ! Elle eut aussi le soutien de l’autre superpuissance, l’URSS à travers le PKI sans oublier l’ONU.

Sans ce lobbying international il est difficile de croire que l’Indonésie obtint son indépendance après les accords de la Haye signés le 27 décembre 1949 en présence de la reine Juliana et de Mohammad Hatta. Et c’est durant cette lutte de libération que s’est forgée la nation indonésienne selon sa devise « Unité dans la Diversité » (Bhinneka Tunggal Ika).

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